Un funérarium pour combler un vide dans la microrégion


Dans la zone artisanale de Travu, Eric Guidicelli, gérant des pompes funèbres l'Eternita, a investi près de 800 000 euros dans une structure destinée à rapprocher les familles de leurs défunts et à répondre à de nouveaux besoins.

Article Corse-matin du samedi 17 octobre 2026 par Paul-Mathieu Santucci


Entre Prunete et Porto-Vecchio, les familles endeuillées disposaient jusqu'ici de peu de solutions pour veiller un proche dans une chambre funéraire à proximité. Il fallait parfois parcourir de nombreux kilomètres, multiplier les allers-retours ou organiser la veillée à domicile. C'est pour répondre à ce manque qu'Éric Guidicelli, gérant des pompes funèbres L'Eternità, a entrepris de créer un funérarium dans la zone artisanale de Travu, à Ventiseri. Un projet de près de 800 000 euros, né d'un constat dressé sur le terrain.

En 2018, lorsqu'il crée son entreprise à Migliacciaru, le professionnel mesure rapidement les difficultés rencontrées par les habitants de la Plaine orientale. " Dès cette période, je me suis rendu compte qu'il y avait un trou béant entre Prunete et le sud au niveau des espaces et des chambres funéraires", explique-t- il. Le constat se confirme au fil des échanges. "Plus j'ai avancé dans la profession, plus je me suis rendu compte qu'il fallait faire le nécessaire. Les familles me le demandaient de plus en plus."

Épargner des déplacements aux familles

La distance constitue un obstacle concret. Lorsqu'un défunt repose dans une chambre funéraire éloignée, ses proches doivent s'y rendre, parfois plusieurs fois, alors même qu'ils organisent les obsèques. Aux contraintes matérielles s'ajoute la peine du deuil. " Au début, Prunete pouvait sembler proche. Mais avec le réseau routier, le tarif du gazole, la peine des familles et la fatigue que cela engendre d'aller veiller leurs défunts, on se rend compte de la difficulté ", souligne Éric Guidicelli.

L'objectif est donc de proposer un lieu de recueillement au plus près des habitants. Jusqu'alors, certains se tournaient vers des établissements plus éloignés. D'autres conservaient le défunt à la maison, une pratique ancrée dans les usages insulaires, mais qui ne relevait pas toujours d'un véritable choix. " Certaines personnes, souvent par dépit, conservaient encore leur défunt à domicile ", observe le professionnel. Il s'agit désormais d'offrir une solution supplémentaire aux familles, sans opposer les traditions aux nouvelles attentes.

Un investissement de 800 000 euros

Encore fallait-il trouver où implanter cet équipement. L'acquisition du terrain s'est révélée complexe. Éric Guidicelli évoque les contraintes d'accès, la proximité des habitations et des écoles, ainsi que l'examen du dossier par le conseil départemental de l'environnement et des risques sanitaires et technologiques (Coderst). "Faire l'acquisition d'un terrain n'a pas été la chose la plus facile. Il faut vraiment trouver du foncier, un endroit adapté, avec des sorties sur la route, sans école ni habitations trop proches", raconte-t-il.

C'est finalement dans la zone artisanale de Travo qu'il parvient à acquérir une parcelle. Viennent ensuite le montage du projet et l'obtention du permis de construire. Foncier et aménagements compris, le coût atteint environ 800 000 euros. Un montant important pour une entreprise locale. Le gérant insiste aussi sur l'accompagnement dont il a bénéficié : "Il faut souligner que mon projet a été soutenu par l'Adec et la Cadec."

Le bâtiment réunit les espaces d'accueil des proches et les installations réservées aux professionnels. Deux salons de présentation permettent aux familles de venir veiller leur défunt. S'y ajoutent une salle de cérémonie, un espace de convivialité et une petite boutique à l'enseigne L'Eternità. L'idée est de regrouper au même endroit plusieurs services qui, jusqu'à présent, pouvaient nécessiter des déplacements distincts.

Des installations adaptées aux nouveaux besoins

Dans la partie privative, une salle est destinée à la préparation et aux soins de conservation des défunts. Éric Guidicelli tient à souligner l'importance de cet équipement, moins visible du public.

"Nous avons une salle de préparation pour les soins de conservation des défunts, aux dernières normes", affirme-t-il. Elle comprend des cases réfrigérées et une table de préparation aspirante et ventilée, avec filtration.

"Les produits sont quand même assez nocifs. Cette installation est pensée pour le bien-être des thanatopracteurs qui vont travailler dessus", précise-t-il.

Au-delà de l'équipement, cette ouverture accompagne une évolution des pratiques funéraires. Dans la région, rappelle le gérant, les inhumations interviennent généralement assez vite, souvent dans les deux ou trois jours, sauf lorsqu'il faut attendre des proches venus du Continent. Mais un autre phénomène prend de l'ampleur. "Le changement de mentalité, c'est la part croissante de la crémation", relève-t-il. Une demande qui témoigne d'une diversification des choix, y compris sur un territoire où les rites funéraires restent fortement ancrés.

Avec ce funérarium à Ventiseri, le responsable de L'Eternità veut avant tout combler une absence de longue date.

"C'était une demande omniprésente", résume-t-il. Derrière les travaux et les équipements, l'enjeu reste simple : permettre aux familles de se recueillir auprès d'un proche disparu, sans ajouter à la douleur de la perte le poids de trajets parfois éprouvants.