Le poignant adieu à Yann Pini


Corse Matin du mercredi 07 juillet 2021 par Isabelle Volpajola


Une semaine après sa disparition tragique, l’onde de choc est toujours aussi vivement ressentie. Et son nom est encore sur toutes les lèvres. Yann Pini n’est plus là. Mais les centaines de personnes qui ont assisté à ses obsèques dans une église de Solenzara bien trop petite pour les accueillir, celles et ceux qui l’ont accompagné jusqu’au cimetière de Travu où il repose désormais aux côtés de son père, sa famille effondrée, ses amis qui ont chanté sa messe la voix brisée par l’émotion, ses collègues pompiers qui lui ont fait une haie d’honneur et plus largement ceux qui l’ont connu et aimé, ont toujours autant de mal à admettre l’invraisemblable vérité. Yann Pini n’est plus là. Et dimanche soir, ils étaient encore nombreux à lui rendre hommage, au cours d’une marche silencieuse dans les rues de son village, pour la dernière étape de Currilingua à laquelle, en ardent défenseur de la langue corse, il n’aurait pas manqué de participer. Si la fête qui aurait dû suivre a bien évidemment été annulée, en signe de respect pour sa mémoire et pour ses proches, c’est encore de lui que tout le monde parlait. Du père exceptionnel qu’il fut pour Laura et Lisa, e so principesse dont il était si fier, du fils et du frère présent et attentif, de l’oncle et du cousin complice, de l’ami généreux et bienveillant, du collègue solidaire et investi. Yann Pini était tout cela et bien plus encore. Un visage lumineux, des éclats de rire - et de voix parfois -, un sens de l’humour aiguisé et un goût prononcé pour a macagna, une serviabilité et une gentillesse à toute épreuve, autant de qualités qui le caractérisaient. De coups de cœur en coups de gueule, d’émerveillements en révoltes, sa vie était guidée par l’engagement et la passion. Pour sa terre de Corse, pour son métier, pour sa famille, pour l’amitié qui avait pour lui une valeur essentielle, il savait donner de son temps, de son enthousiasme, de son énergie débordante et communicative. De Solenzara, son berceau, à Travu où il a vécu une grande partie de sa vie, de Ghisunaccia où il travaillait à Porto-Vecchio où il avait été scolarisé, les témoignages sont unanimes. Et les communautés villageoises, éducatives, associatives, professionnelles, syndicales et politiques dans lesquelles il est passé lui rendent aujourd’hui un hommage appuyé. Ses proches, eux, pleurent l’homme de bien, u babbu, u figliolu, u fratellu è l’amicu sinceru. S’inclinant devant la douleur immense des siens, à qui elle présente ses vives condoléances, notre rédaction partage avec eux cette phrase qui revient en boucle depuis son départ : Riposa in pace, ò Yann.