Un peu d'histoire


Le Fiumorbu nous lègue des trésors historiques où la commune de Ventiseri occupe une place importante car on peut y suivre les traces d'un riche passé.


L'antiquité classique : 259-162 avant Jésus-Christ

L'ancienne colonie d'Aléria couvrait la totalité du Fiumorbu jusqu'à la Solenzara. La commune de Ventiseri se trouve ainsi quadrillée par la Strada Romana qui rejoint le port de Palo et la colline de Covasina qui était certainement un Praesidium romain.

Une légende circule et parle d'une cité mystérieuse sur les berges de l'étang de Palo (Strabon la nommait Karax signifiant en grec étang). A cette époque se développe une grande activité avec la présence du port de Palo.

Concernant l'installation portuaire de Palo, il nous reste la carte dite d'état major dressée en 1938 par le Service Géographique de l'Armée. Elle prouve à l'évidence l'existence des installations portuaires de cinq kilomètres de longueur, commençant trois cent mètres envirion au-dessuis du niveau des ruines de Covasina sur la côte et se prolongeant exactement jusqu'au niveau du pont de Travo.

Qui plus est, au niveau et sur toute la longueur de Poretta-di-Palo proprement dite, sur trois kilomètres de longueur ces installations portuaires sont rigoureusement géomètriques et semblent même indiquer un port à deux entrées, une au Nord et une au Sud.

Aussi bien toutes les cartes de Corse, depuis les portulans jusqu'au XVIIIème siècle, montrent que le port de Palo était largement ouvert sur la mer. De leur côté, les chroniqueurs et historiens en ont évoqué plusieurs fois l'existence.

le château de Coasina
le château de Coasina
Au IIème siècle , Ptolémée énumère les peuplades de la Corse. Il indique que le Fiumorbu est habité par les Koumasanoi ou Comasini. Koumasanoi signifie les Chevelus. Or, les Chevelus désignaient les habitants de la Gaule septentrionale. On peut admettre, dès lors, que les Empereurs attribuèrent cette partie de leur domaine comme colonie à des vétérans originaires des légions recrutées en Gaule chevelue.

En montant par la route de Cavone, sur les hauteurs, on peut apercevoir les ruines du Castello de Covasina, appelé aussi Castello di Carlomagno. Le château de Covasina et sa petite chapelle sont des monuments datés du IXème siècle.Les traces de ses escaliers et des voussures de sa salle  d'armes sont monumentales. Ici toutes les époques et tous les styles sont entremêlés, imbriqués, juxtaposés, laissant apparaître d'abord les plus récents qui doivent remonter au XVIIème siècle. Ce château était le bastion d'une seigneurie qui fut souvent mêlée aux guerres Corses. Il aurait été édifié sur un modèle très ancien et inconnu en Méditérranée, à la suite d'une mission en Corse du seigneur mayençais Truffetta que l'on présente comme un envoyé de Charlemagne. Il aurait lutté - selon le chroniqueur Gioavanni della Grossa - contre l'une des plus anciennes familles seigneuriales de Corse, les Biancolacci : Truffetta de Covasina avait passé les monts pendant la guerre des Biancolacci, et s'était fait Seigneur de Talabo. Ce fut lui qui bâtit le château de Pietrapola, il l'appela ainsi du nom d'une de ses soeurs, Pola qui l'occupait.


Coasina
Coasina
Truffetta, en mourant laissa trois fils : l'un eut Covasina, l'autre Pietrapola, et le troisième Poggio di Nazza. Les murs de pierres taillées de la forteresse s'appuient sur une infrastructure de blocs plus volumineux où sont insérées des birques romaines. Le rocher de Covasina était peut-être déjà un oppidum romain chargé de la surveillance de la mer et du rivage de la plaine orientale à l'époque romaine.

Derrière et au-dessus des ruines du Castello di Carlomagno, grimpe un sentier par le col de Saint-Michel, avec deux sources qui devaient alimenter le château en eau potable, puis ce raidillon monte vers le hameau de Piediquarciu dépendant de la commune de Ventiseri. Pediquarciu situé en aval du village de Ventiseri, bénéficie d'une vue sur toute la plaine d'Aléria qui révèle ce qu'est le panorama du château, il rassemble plusieurs maisons du XIVème et XVème siècle.

Au dessus du hameau se dresse le Monte Cuccaru où la légende veut soit enterré un veau d'or...

Les invasions

Toute la Corse sera une proie idéale pour les Barbares, ils vont se succéder dans l'île, les premières traces sont celles des Vandales au milieu du IVème siècle, leur occupation durera trois quarts de siècle.

Sous la protection de Charlemagne

A partir de l'an 800 sous l'impulsion carolingienne, des corps expéditionnaires qui viennent de Rhénanie libèrent la contrée des Maures. Sur la commune de Ventiseri, on peut apercevoir les ruines du Castello di Covasina auquel reste attachée une légende ; le château de Covasina et sa petite chapelle sont des monuments datés du IXème siècle. On dit que "Ganelon neveu de Gaine de Mayence aurait trahi Charlemagne et aurait embarqué pour la Corse, arrivé au port de Palo il prend de force la ville et la livre au seigneur Ugo Colonna. Pour le remercier de son geste de bonne foi le seigneur Ugo lui offre Covasina.

Le Moyen-âge

La piéve de Covasina

Les piéves ou paroisses ont marqué la société rurale. Ce terme désignait l'église principale d'une communauté. Le recteur, le piévan ou juge détenait les pouvoirs religieux et civils de la piévanie. L'existence à côté de nombreuses églises de lieux-dits : Tribuna, Arringo, Corte, prouve que l'église exerçait une fonction judiciaire importante ; au Moyen-âge, la piéve de Covasina regroupe les villages de Ventisari, Solaggio, Ornaso. L'église est celle de Santa Maria qui se trouve  sur la Commune de Serra (Ornaso).

Le Fiumorbu Génois

A partir du XIVème siècle, Pise laisse la place à Génes, à des organismes beaucoup moins religieux et moins populaires, tel que la Maona ou l'office de Saint-Georges, qui va ériger la plaine d'Aléria et le Fiumorbu en fief de grandes famiiles Génoises. Les Fiumorbacci sont pris entre les Génois colonisateurs et les razzias barbaresques. La plaine orientale va toutefois bénéficier des mesures agraires (aliénation du domaine public) le fief des Porette est créé en 1586 et englobe les piéves de Cursa, Covasina et Castello.

La région était infestée par la malaria, les Corses la trouve inhospitalière et ils se replient vers les montagnes. Il faut distinguer deux étapes : Dans le recul de la population au XIII-XIVème siècle, c'est d'abord l'installation dans les collines pour lutter contre les razzias barbaresques, la seconde phase est relative à la malaria et à la peste, les habitants s'installent à plus de 700 mètres d'altitude, on assiste à une recompostition des activités agricoles, l'élevage remplace les cultures, seuls les habitants de Coasina vont continuer à vivre en plaine.

Le Fiumorbu sous la révolution et l'empire

Favorisé par la famine un mouvement de révolte se dresse contre la Révolution de 1789 il sera durement réprimé. Durant cette période la région se révélera comme un repère d'insoumis.

Il existe par ailleurs des récits évoquants également des relations tumultueuses entre le Fiumorbu et l'Empire (répression et déportation de 170 habitants d'Isolacciu di Fiumorbu).

Il y a une véritable peur de la mer, même au XVIIIème siècle qui est une période de sécurité maritime, les Fiumorbacci vendent leurs produits aux marchands Bastiais et Cap-Corsins, ils préfèrent sublir les prix imposés en longeant les côtes de Covasina et de Migliacciaru que de se risquer en mer.

Les grandes guerres

Kiosque du Casabianca, à Bastia
Kiosque du Casabianca, à Bastia
La région paie un lourd tribut en vies humaines à la guerre de 14-18. Cette hécatombe a pour conséquence d'accélérer le dépeuplement des villages de l'intérieur.

Plus près de nous la guerre de 39-45 entraînera l'occupation de la région par les Italiens et les Allemands. L'activité des patriotes Fiumorbacci confortée par le débarquement clandestin du sous-marin Casabianca sur la plage de Solaro ont permis d'inscrire une des plus belles pages de l'histoire de la résistance.






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